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Zoom sur... le projet livre-DVD de la Maison et son Jardin - lieu d'accueil, d'écoute & d'entraide -

 

A Saint-Max, une Maison & son Jardin se dressent fièrement depuis 20 ans dans le quartier Saint-Michel Jéricho. Les gens du quartier ont souhaité la créer en 1993 pour rompre leur isolement. Tantôt lieu refuge pour les personnes désirant créer des liens, tantôt endroit passerelle au sein duquel les habitants peuvent êtres aidés par des professionnels du milieu médico-social. Dans le cadre du projet de Rénovation Urbaine, elle va être détruite. Ses usagers réintégreront fin janvier (avec d'autres acteurs locaux) un bâtiment neuf, l'espace Champlain, situé juste en face de l'actuel lieu d'accueil. Pour accompagner les habitants dans cette transition, l'association Ensemble – qui coordonne le lieu & apporte des solutions aux personnes souffrant de solitude, mal-être & troubles psychiques – porte un projet de livre-DVD. C'est un travail de mémoire qui est mené ici pour préparer les habitants à quitter cette maison. Pour ce faire, les participants de l'atelier vidéo mené par Bérangère Goossens ont rencontré les personnes qui ont participé à la vie du lieu pendant ses 20 dernières années...

 

 

Fonctionnement participatif 

 

 

La Maison & son Jardin est un espace de sociabilisation. Une deuxième famille en somme où l'on brise son isolement & réapprend à vivre ensemble. Cette maison est un moyen de refuser la monotonie de l'existence. « Sans elle, certains ne sortiraient pas de chez eux », note Céline Beghoura, la coordinatrice. & pour cause, sur le chemin du Mourion, on vient chercher un peu de répit dans une vie parsemée d'embûches & souvent de découragement. « Les habitants viennent pour trouver des réponses à un mal-être, retrouver leur rythme. Cela peut être quelqu'un qui vient d'emménager & qui ne connaît personne, une personne en souffrance psychique qui cherche un lieu pour se reposer, rencontrer du monde ou une personne qui cherche un lieu transitoire. On met ses problèmes entre parenthèses pendant quelques heures ». Tout simplement. 

& cette maison est bien vivante. Salon aménagé avec des ordinateurs, musique en fond, petite cuisine (l'espace à Champlain sera plus grand), sans oublier le jardin. C'est évidemment les habitants qui la font vivre, en balayant, jardinant, proposant le café & en tenant des permanences d'informations. Cohabitent avec eux les professionnels qui proposent deux jours par semaine de recevoir les habitants pour des problèmes spécifiques. Infirmiers, assistantes sociales, coordinatrice & médiateur vont alors apporter des réponses individuelles en leur donnant, par exemple, des informations sur d'autres structures spécialisées. La Maison est aussi rythmée par des temps d'autonomie. « Ils font leurs activités sans que les professionnels soient présents. Ils se débrouillent seuls », explique Céline.

L'objectif est de préserver « le fonctionnement participatif ». « C'est le fait de dire que chacun est compétent pour proposer, donner son avis, participer, s'investir à hauteur de ce qu'ils peuvent & veulent faire. Le règlement est par exemple fait en commun, la charte, les projets ainsi que l'organisation interne. Pour les décisions particulières telles qu'un changement d'horaire, on demande l'accord du comité de pilotage & du Syndicat Intercommunal à Vocation Unique ». 

Et puis, il y a les réunions participatives, temps forts où chacun est invité à donner son avis. Ce sont elles qui ont permis l'éclosion du projet artistique.

 « Un jour en réunion, on parlait du déménagement & Bernard, un habitant a dit de manière provocante : ' De toute façon, je m'en fiche. Quand quelque chose meurt, il meurt & puis c'est tout.' Cette intervention a provoqué un débat sur le fait ou pas de laisser une trace de cette maison qui va être détruite. & puis, un grand pas a été franchi par les habitants qui ont d'abord proposé le livre avec les créations plastiques & ensuite, le film ».

 

La vidéo - porte d'entrée vers l'autre -

 

C'est un peu sa deuxième maison désormais. Bérangère Goossens, réalisatrice et écrivaine a eu le coup de foudre en découvrant le lieu. Au bord de la Meurthe, entre Saint Max et Malzéville, la jeune femme va faire une rencontre déterminante lors d'une balade.

 « Une habitante m'a accueillie en jour d'autonomie  & m'a dit spontanément qu'il faudrait que je vienne faire un atelier ». Séduite par l'esprit « poétique et libre » de la Maison et son Jardin, Bérangère n'hésite pas une seconde : « On allait construire un film qui allait les concerner. A la fin, nous aurions un vrai objet. On ne fait pas juste un court-métrage. Il y a une vraie utilité à témoigner d'un lieu comme celui-ci ». 

Avec José, Dominique & Bernard, trois habitants, Bérangère travaille sur un film-documentaire à visée historique et sociologique. Elle retrouve les résidents une fois par semaine, le mardi à raison de deux heures. « Aujourd'hui, nous en sommes à la phase interviews. Nous devons bientôt interroger Frédérique Streicher, une sociologue à l'origine d'une étude sur le quartier qui a repensé le pilotage du lieu & les partenaires. Au-delà du travail de récolte d'interviews que je filme, nous parlons de nous dans le quotidien. Ils sont eux-mêmes ».

 

Déverrouiller une porte, pas à pas...

 

Lors de la visite du nouveau lieu d'accueil, Bérangère suit les habitants, armée de sa caméra sans qu'ils n'y prêtent aucune attention. Cela n'aura pourtant pas été chose facile. «   Au départ, tout le monde était réticent à filmer ou se faire filmer. Et puis, je ne sais pas comment elle a fait, elle ne s'est pas démontée. Elle a fini par trouver une porte d'entrée & puis à les entraîner dans l'aventure. Ils évitaient la caméra et aujourd'hui, ils l'ont oubliée », raconte la coordinatrice. La porte d'entrée  ? Ne serait-elle pas celle de l'échange avec l'autre & de le fait de parler de soi...

« Dominique se sera ouverte. José me parle, je le vois rigoler de bon cœur.Ils font ce qu'ils peuvent », s'enthousiasme la réalisatrice. « Bérangère a réussi à ouvrir des vannes. Certaines choses n'arrivaient pas à sortir avant son atelier & petit à petit, elle et les gens du groupe ont interviewé des anciens. Ils ont réveillé la mémoire de la maison », souffle Céline. 

Ces personnes fragiles et fragilisés par la vie trouvent dans la maison un refuge comme en témoigne Céline Beghoura  : « Ils ressentent un attachement extrême au lieu. La maison est pour eux une stabilité au milieu du changement. Un endroit où les choses sont immuables »

Alors, quand la visite s'impose, José s'y refuse. Pour un des plus anciens, c'est un arrache-coeur. Quant à Suzanne et Josiane, elles s'interrogent sur l'aspect pratique de la cuisine & sur la décoration. 

« Du fait qu'ils ont une marge d'action sur le fonctionnement du lieu, ils y sont d'autant plus attachés car ils ont participé à faire de cette Maison ce qu'elle est aujourd'hui », explique Céline.

 

Ouvrir des perspectives...

 

L'apport de l'art dans ces espaces de vie est indéniable comme le fait remarquer Céline  : « Il est un support pédagogique qui peut parfois aboutir à l'envie de s'ouvrir à d'autres choses ou de pérenniser ces expériences. L'atelier vidéo de Bérangère  en témoigne. Au début, les habitants se disaient  : ' ouais pourquoi pas, on va regarder mais de loin, on va participer mais pas trop et on va laisser les professionnels faire'. Ils étaient un peu "passifs". Plus le temps est passé & plus ils ont connu les intervenants, plus ils ont pris du plaisir & se sont prêtés au jeu. Ils investissent les ateliers & y mettent quelque chose d'eux même dedans. Ils parlent de leurs souvenirs, de leurs expériences, ils ne sont pas d'accord sur certains points alors ça discute dessus ».  

« Ca leur ouvre un ailleurs. Ils commencent à envisager l'avenir », poursuit la coordinatrice. La réalisatrice l'a bien cerné. Et c'était tout l'objet de son intervention  :

« J'ai compris qu'un atelier a du sens si le projet final s'intègre dans leur vie & que cela apporte quelque chose à la vie du lieu. En l’occurrence, ici, l'objectif du film était de faire la passerelle avec le nouveau lieu de vie ».

Le groupe, accompagné de la réalisatrice, a d’abord réfléchi au contenu du film puis la forme du moyen-métrage a été retenue avec des entretiens d'acteurs ayant marqué l'histoire du lieu, des personnes à l'origine du projet, des politiques, des travailleurs sociaux & une sociologue. Des mini-métrages vont être faits par les participants à l'atelier de manière individuelle. 

L'objectif est d'éditer un livre-DVD pour témoigner de l'histoire du lieu & des personnalités qui ont contribué à le faire vivre depuis sa création. Si tout va bien, le projet devrait être diffusé aux habitants, aux personnes qu'ils rencontreront dans leur nouveau lieu de vie & dans le département lors de festivals. En ce qui concerne le projet de livres, Philodart intervient au sein de la Maison avec un dizaine d'habitants. Ils peuvent livrer leur ressentis en produisant photos, textes, poésie, collages.

Toutes les productions artistiques des habitants seront par ailleurs photographiées et destinées à l'ouvrage.

Peut-être un moyen de mener la médiation jusqu'à son terme & de boucler la boucle. Pour enfin se projeter dans une nouvelle vie, avec d'autres acteurs. « Ils commencent à envisager l'avenir & à se dire qu'ils ont envie de faire vivre leur film & que ce serait chouette d'aller le montrer à d'autres, parler de leur expérience. Ca leur ouvre un ailleurs en fait », souligne Céline...

 

 

 

 

Rédaction et photos: Louise MOUTON

 

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